OCTOBRE 2018

Au mouillage

Alors là, c'est la révolution trollienne, puisque ce mois d'octobre va débuter le premier. 

Co-Errance est parti pour Samos et moi, j'ai fait demi tour à la sortie de la baie. 

Trop de vagues pour moi. 

Il faut dire que c'était la première fois en 12 ans de nav' que je me retrouvais tout seul sur ce, soudain, très grand bateau. 

Gilet de sauvetage et sanglé, je ne risquais pas grand chose, mais "je ne le sentais pas"!

Je suis un bien piètre marin, n'est ce pas ?

J'ai donc décidé d'attendre le lendemain, que la houle se calme un peu, et d'aller faire quelques courses. 

Ce qui m'a permis de prendre ce beau ciel en photo :


C'est parti !

Le coeur serré, je me mets en route de bon matin pour Lévitha. Nav' à priori sans aucun problème, sans doute au moteur la plupart du temps. 
N'empêche, je m'anarche et je m'attache quand même. 
Imaginez que Super connard tombe à l'eau et que je regarde ma Javotte s'éloigner à jamais !!!!
Aaaaaaaargh et Brrrr ! 

Mais foin des cauchemars et bref, me voilà parti. 
Je fais super gaffe à chaque mouvement. Je suis deux fois plus lent que d'habitude. 
En fait, j'ai terriblement les jetons de faire une connerie ! 

Mais grâce à l'Euphythose d'Hélène, à la respiration ventrale, et, surtout, à la raison qui m'indique que, vraiment, il n'y a aucun problème, je me calme très très vite. 
la nav' est comme attendue. Sans grand intérêt, mais baste.


De bon matin, ça veut dire avant même...


Le lever du soleil !


La lumière est belle !


Super belle, même !


Mais y'a des vagues de travers !

Bientôt me voici à Levitha, seul bateau à la bouée. Du coup, personne pour m'aider à la prendre, mais j'avais préparé un lasso au taquet du milieu, ramené à moi, ce qui fait que je la prends du premier coup !

Fier je suis ! 

Le soir, on est trois . Je monte manger une omelette à la taverana. Nota, on peut capter le réseau depuis là-haut. Du coup, je rassure Françoise sur mes capacités, dont elle ne doutait guère de mener ce petit troll tout seul comme un grand! 

Elle, ne me rassure guère. Elle a toujours aussi mal, ne mange toujours pas. Je raccroche et me retrouve, sans aucun appétît devant mon omelette. 

Demain sera sans doute un autre jour. 


Levitha au coucher du soleil

Vers Dhoinoussa

Le lendemain matin, toujours aussi tôt, je pars pour Dhoinoussa, ce qui me permettra de rallier Paros en deux étapes seulement. 

Bien que la mer soit plate comme l'électro encéphalogramme d'un député LREM appuyant sur un bouton pour voter contre un truc qui n'émane pas de son groupe, ( ah, ça faisait longtemps, hein ? LOL ) 

Pouf pouf .

Bien que la mer soit plate comme ma main, c'est toujours anarché et attaché que je vais faire ce parcours très facile. Juste un peu long. 

Beaucoup. 



Plat ! 


Mais, plat, hein ! 


Ouh là là que c'est plat ! 


Du coup, repos !


Tiens? Un maître ! 


Tiens? Un porte container ! 


Tiens? Un autre bateau !  (le seul croisé!)


Et toujours la tempête


On y est!

En solitaire

Je l'ai souvent dit sur ce site : Je ne suis pas un marin. 

Ni un "voileux" !

Je ne fais pas partie de ceux qui hume le grand large avec espoir d'horizons infinis. 

Je ne profite pas de la moindre risée pour aller faire un tour à la voile, juste pour le plaisir !

Je ne rêve pas de grands espaces.

Je ne m'amuse pas d'une mer difficile?

Je ne "tire" plus de bord.  

Bref, je suis juste un plaisancier qui se déplace, le plus souvent possible, mais tant pis si ce n'est pas le cas, à la voile. 

Mais, par dessus tout, 

Je ne suis pas un solitaire. 

Désormais, je peux l'affirmer: Naviguer tout seul sur mon bateau, ça me gonfle. 

Regarder tout seul un beau coucher/Lever de soleil tout seul, ça ne me laisse aucun souvenir impérissable. 

Je ne ressens aucune fierté à mener seul mon voilier. 

Tout seul, les minutes sont plus longues, les nuits moins douces, le plaisir moins intense!

La vie, c'est le partage, ce dont on manque si cruellement dans nos sociétés égoistes et individualistes à l'extrème. Le monde selon Macron ( pas seulement lui) 

Et, à fortiori,  le voyage est partage. 

Si ce que je vois, ce que je fais, je ne le partage pas dans l'instant, cela m'indiffère. C'est sans doute pour ça que j'ai tellement aimé mon métier au théâtre! 

C'est pour cela que chanter avec Françoise, c'est le pied total ( je n'ai pas touché à ma guitare depuis son départ) , 

Faire un belle nav' ensemble, à deux ou avec des copains, nous laisse des sourires "grands comme ça" et d'impérissables souvenirs. 

Mais, voyez vous, chers Trollonautes, pour ma part, être tout seul à bord n'est pas générateur de plaisir. 

 Et les belles navs, les levers ou couchers de soleil, aussi beaux soient ils, s'atomisent très vite dans le silence de la solitude. 


Je le savais déjà, mais cela se confirme : Je ne suis pas un solitaire. 

Et tu me manques infiniment, ma chérie

A demain pour la suite.

Dhoinoussa

Me voilà donc tout seul à ce beau mouillage. Y'a pas de réseau, ni de téléphone, je m'y attendais. 

Ensuite, deux autres bateaux vont arriver. 

Le soir, je monte à la taverna boire un ouzo et j'en profite pour appeler Françoise, qui a toujours aussi mal. 

Et qui ne mange toujours pas !

Elle a vu son médecin généraliste. Mais, rien de nouveau sous le soleil

Je suis rongé par l'inquiétude. 

Je réclame à grands cris sa réhospitalisation d'urgence, auprès d'elle, puis de Jacqueline. 

Elles sont toutes les deux de cet avis.  Le médecin généraliste aussi.

De mon coté, la météo m'autorise à Monter sur Parikia. 

Mais pas plus. 

Entre Dhoinoussa et parikia

Ca avait pourtant commencé en beauté, comme vous avez pu le voir en Hune, ces derniers temps :

La mer était belle, pas de vent, mais pas de houle. Tranquille. Très tranquille !

Trop tranquille !


Frayeur (1)

Je visais le mouillage de Naoussa, car la météo prévoyait du fort mauvais temps à venir. 
Et je voulais être bien positionné pour me rendre, le plus vite possible à Finikas. (Ah putain, Finikas ! J'y reviendrai!) 
Bientôt ( enfin, bientôt...tout est relatif, hein !) me voici en vue du cap NE de Naxos. C'est la moitié de la route. 
Le vent est absent. 

Personne en mer. 
Enfin, presque personne :

Joli sillage, non  ?

Je sais, j'aurais du me méfier.

Parce que, 3 mn plus tard, je vais être secoué comme un prumier. 

Et, surtout....

...dans le retour du roulis,  je vais regarder mon joli téléphone traverser le bateau de tribord  à bâbord et, sans le moindre bruit, rejoindre l'élément liquide !

Et voilà. Plus de téléphone !

Ma stupeur est tellement grande que je ne parviens même pas à engueuler Super Connard (qui s'était fait pourtant discret, depuis un bon moment) d'avoir négligemment posé le téléphone sur le rouf! Bien calé, certes, mais visiblement pas assez ! 

A ama décharge, je suis tellement inquiet pour ma belle que je ne cesse de communiquer avec elle . Du coup, le turlu doit toujours être à portée de main. 

Bon, ben là, il me faudrait une main VACHEMENT longue pour le récupérer (d'après la carte, il y aurait envrion 128 mètres de fond, à l'endroit de l'incident).

Heureusement, il me reste internet, grâce à mon hotspot WIFI Wind !

J'informe donc Françoise de mon infortune. 

Elle, de la sienne. 

Elle sera ré-hospitalisée demain.  (ndlr: Pas de Panique ! Hein !  J'écris tout cela 15 jours après! Depuis, elle ne l'est plus, hospitalisée et elle va bien mieux!)

Me voilà désarmé et toujours aussi inquiet.

Je suis affreusement fatigué et déprimé, je l'avoue. 

Je ne peux pas me passer de téléphone en ce moment. 

Il faut, au moins, que Françoise puisse m'appeler et que je puisse l'appeler sans dépendre d'internet! 

Je décide aussitôt de rallier non pas Naoussa ( car il n'y pas de boutique de téléphone là-bas) mais Parikia. ça fait 9 milles de plus. Tant pis. 


Le cap NE de Naxos

Frayeur(2)

Je suis en train de longer le cap quand, soudain, le moteur change violemment de régime. Mais violemment, hein ! De "vrrrrrrouuuum" à "Vroaaagrreuuumfeeeeuhmmmmmm", grosso-modo.

Je bondis sur la console d'instruments. Comme je suis attaché, ça fait "shkloumph"  quand ma sangle tire sur son support. (oui, c'est ma journée "onomatopée")

La température grimpe à toute allure, zouiiiiiiiiiiiitt ! 

 Je mets au ralenti. Grummele,grumelele

Je me détache , schlick,  et file voir la sortie d'eau,  ça fume blanc. Pschitttttt !

Mais l'eau sort. schplit, schplitplouf ! (bon J'arrête, cest chiant!)

Puis, je file dans la cale moteur. RAS visuellement. 

J'arrête le moteur. 

Hélas, il n'y a pas de vent. 

Je n'ai plus de moteur et plus de vent. 

Je dérive vers les rochers du cap ( j'en suis, à vue de pif, à 300mètres. J'ai encore de la marge) . 

Ma VHF est en panne ( j'ai hésité longuement pour en acheter une portable à Léros et, maintenant, je me maudis de ne pas l'avoir fait) 

Et, rappelons le, je n'ai plus de téléphone. 

C'est quand même un tout petit peu le merdier intégral. 


Je prends deux secondes pour réfléchir, seul moyen de mettre de l'ordre dans mes idées et dans les battements de mon coeur. 

Et je me souviens d'un épisode absolument similaire en 2016, à l'arrivée sur Salamines , petite frayeur.

J'ai du prendre un truc dans l'hélice. Une saloperie qui flottait entre deux eaux, la mer porte tellement de stigmates de l'activité humaine....

Je remets un peu d'hélice, tout doucement, pour voir. Le sillage est tout pertubé. Bingo. 


Pas question de plonger sous le bateau. 

Il y a quand même un peu de houle et je n'ose pas me foutre à l'eau en solo. 

Alors, je tente le tout pour le tout. Comme en 2016, je mets doucement un coup de marche arrière en espérant que ce qui s'est coincé, se décoince un peu. 

Et, miracle, les choses s'améliorent aussitôt. La température cesse de monter, Cela ne fume plus blanc. Et si le sillage reste perturbé, le bateau reprend un peu de vitesse. 

Je fais route 5 mn en continuant à réfléchir. 

Bien sûr, je décide de faire halte à Naoussa. Seul endroit où je peux jeter l'ancre pour plonger sous le bateau. 

Par chance, un peu de vent se lève, de travers. Je déroule le génois et j'arrête le moteur. J'avance à 2 noeuds. 

Je décide de mettre ma caméra étanche au bout de la gaffe, histoire de voir ce qui se passe. 

Quelques minutes plus tard, je vois ceci : 

Ah ben forcément...
...ça marche moins bien !

Un bout de bâche, ou un vieux sac perturbe mon hélice. Mais ça n'a pas l'air trop trop méchant. Ma marche arrière a dû en enlever un bon bout. 

Je m'aide donc doucement du moteur pour rejoindre Naoussa. 

A l'arrivée, je promène Javotte, qui n'en peux plus, et puis je me fous à l'eau. Je retire, après quelques efforts, ceci :

Parikia

Le problème étant résolu, je fais route pour Parikia, où je vais retrouver les copains de Jad. 

Reste à trouver un téléphone et savoir, surtout, de quoi souffre ma Belle qui se ronge les sangs à 3000km de son bateau, de sa chienne...

..et de moi. 

La suite un peu plus tard